
Hydratation et endurance : les erreurs que font (presque) tous les sportifs

Valentin Juilliart
Diététicien · Puilboreau
Les erreurs d'hydratation les plus courantes en endurance
Vous rentrez d'une longue sortie, vous avez bu régulièrement, et pourtant vous vous sentez épuisé, la tête lourde, les jambes vides. L'hydratation est souvent mise en cause, mais pas toujours de la façon qu'on imagine.
Erreur n°1 : attendre d'avoir soif
La sensation de soif est un signal tardif. Lorsqu'elle apparaît, le corps accuse déjà un déficit hydrique qui peut affecter la concentration, la coordination et la récupération. Certaines personnes constatent qu'en attendant ce signal, leurs performances s'en ressentent dès la deuxième heure d'effort.
Erreur n°2 : boire uniquement de l'eau pure sur les longues distances
Sur des efforts dépassant 60 à 90 minutes, la transpiration entraîne non seulement de l'eau, mais aussi des électrolytes, principalement le sodium. Boire de grandes quantités d'eau pure sans compenser ces pertes peut diluer les électrolytes dans le sang, un phénomène observé chez certains sportifs d'endurance et associé à des symptômes comme les crampes, les nausées ou une fatigue inhabituelle.
Erreur n°3 : la surhydratation, le risque méconnu
À l'opposé, certains sportifs boivent par anticipation, bien au-delà de leur soif, pensant se « prémunir » contre la déshydratation. Cette pratique peut conduire à une hyponatrémie, une concentration trop faible en sodium dans le sang, dont les signes peuvent ressembler à ceux de la déshydratation. C'est un exemple typique où l'excès devient aussi problématique que le manque.
Erreur n°4 : négliger l'hydratation avant et après l'effort
- Arriver à l'entraînement déjà légèrement déshydraté (après une nuit de sommeil, par exemple) peut compromettre la séance dès le départ.
- La récupération hydrique après l'effort est souvent bâclée : on mange, on s'étire, mais on oublie de réhydrater progressivement dans les heures qui suivent.
« L'hydratation ne commence pas au départ de la course. Elle se construit dans les heures, voire les jours qui précèdent. »
Un exercice pratique pour mieux connaître vos besoins
Avant de modifier quoi que ce soit à votre routine, il est utile d'observer ce qui se passe déjà dans votre corps. Voici une méthode simple, utilisée comme point de départ dans l'évaluation des habitudes hydriques.
Le test de la pesée avant/après effort
Cette technique ne remplace pas un bilan professionnel, mais elle peut vous donner un premier repère concret.
- Pesez-vous (sans vêtements) juste avant votre sortie, vessie vide.
- Notez la quantité de liquide consommée pendant l'effort (en millilitres).
- Repesez-vous dans les mêmes conditions à votre retour.
- Calculez : poids avant − poids après + liquides bus = estimation de votre perte sudorale totale.
Une perte de poids de 1 à 2 % du poids corporel est couramment observée chez les sportifs d'endurance sans impact majeur ressenti. Au-delà, certaines personnes décrivent une fatigue plus marquée et une récupération plus longue.
Ce que cette observation vous apprend
- La variabilité est grande d'un individu à l'autre : certains transpirent 400 ml/h, d'autres plus de 1,5 litre.
- La chaleur, l'humidité, l'intensité et la durée modifient ces chiffres à chaque sortie.
- Ces données sont précieuses pour adapter votre stratégie, mais leur interprétation gagne à être accompagnée par un professionnel.
Pendant l'effort : quelques repères généraux
- Boire par petites quantités régulières (150 à 200 ml toutes les 15-20 minutes) est souvent mieux toléré que de grandes prises espacées.
- Sur les efforts longs, des boissons contenant des électrolytes (sodium notamment) peuvent être envisagées, les besoins varient selon les individus.
- La couleur des urines reste un indicateur simple : un jaune paille clair est généralement associé à une bonne hydratation ; un jaune foncé peut signaler un besoin de boire davantage.
Quand consulter un diététicien pour votre hydratation ?
L'hydratation en endurance n'est pas une science exacte universelle. Ce qui fonctionne pour un coureur de 70 kg s'entraînant le matin en Bretagne ne correspond pas aux besoins d'un triathlète de 85 kg qui s'entraîne l'après-midi sous la chaleur de Puilboreau en juillet.
Des situations qui méritent un regard professionnel
Il peut être utile de consulter si vous vous reconnaissez dans l'une de ces situations :
- Vous ressentez régulièrement des crampes, des maux de tête ou des nausées en fin de sortie longue.
- Vous avez du mal à récupérer entre deux séances malgré un sommeil suffisant.
- Vous préparez une compétition longue distance (marathon, triathlon, trail) et vous ne savez pas comment structurer votre hydratation.
- Vous avez eu un épisode de malaise pendant ou après un effort et n'en comprenez pas la cause.
- Vous souhaitez simplement optimiser votre routine de façon personnalisée et fondée sur vos données réelles.
Ce qu'un suivi diététique peut apporter
En consultation, je prends le temps d'analyser vos habitudes actuelles, vos sensations à l'effort, votre alimentation globale et le contexte de votre pratique. Ensemble, nous pouvons construire des repères adaptés à votre profil, sans recette toute faite.
L'hydratation est un levier souvent sous-estimé dans la performance et le bien-être du sportif d'endurance. Un regard extérieur, formé et bienveillant, peut parfois changer beaucoup de choses, sans forcément tout bouleverser.


